Dix grammes ou vingt grammes par litre – l’écart peut sembler anodin, mais il fait la différence entre un traitement qui protège et un excès de cuivre qui s’accumule dans vos sols pendant des années.
La bouillie bordelaise reste l’un des fongicides les plus utilisés en jardinage amateur, y compris en agriculture biologique, mais ses dosages varient selon la culture, la maladie ciblée et le stade végétatif.
Voici les repères chiffrés dont vous avez besoin pour traiter juste.
Quel est le dosage de base de la bouillie bordelaise pour 1 litre d’eau?
La règle générale tient en deux chiffres : 10 g par litre en usage préventif, 20 à 30 g par litre en usage curatif. Cette distinction n’est pas arbitraire – elle reflète la logique même du produit.
En préventif, vous formez un film de cuivre sur le feuillage avant que les spores fongiques ne germent. La concentration n’a pas besoin d’être élevée : il suffit que le voile protecteur soit présent.
En curatif, la situation est différente. Une infection déclarée – du mildiou sur vos tomates, de la cloque sur votre pêcher – demande une concentration plus forte pour stopper la progression.
C’est là qu’on monte à 20 ou 30 g/L. Gardez à l’esprit que la bouillie bordelaise n’éradique pas une maladie établie dans les tissus végétaux : elle bloque la sporulation et protège les parties encore saines.
Un troisième seuil est souvent cité : 12,5 g/L comme dose préventive polyvalente, légèrement renforcée, adaptée à la vigne et aux arbres fruitiers en début de saison.
Ce dosage intermédiaire offre une marge de sécurité sans franchir les limites réglementaires sur les apports cumulés de cuivre.
Tableau des dosages par culture pour 1 litre d’eau
| Culture | Dosage pour 1 L | Fréquence | Période / Maladie ciblée |
|---|---|---|---|
| Tomate / solanacées | 10 g/L | Tous les 15 jours | Mai à septembre – mildiou |
| Vigne | 12 g/L | Tous les 15 à 20 jours | Avant floraison – mildiou, black-rot |
| Arbres fruitiers (général) | 15 g/L | Au printemps | Après taille – maladies fongiques |
| Pomme de terre | 20 g/L | Tous les 15 jours | En période humide – mildiou |
| Rosier | 5 à 10 g/L | 4 applications max/an | Taches noires, rouille |
| Olivier | 10 g/L | 1 à 2 fois/an | Automne ou printemps – œil de paon |
| Laurier-rose | 5 à 10 g/L | Au besoin | Taches foliaires fongiques |
| Pommier / poirier | 15 g/L | Au débourrement | Tavelure |
| Pêcher | 20 g/L | 2 traitements/an | Chute des feuilles + gonflement des bourgeons – cloque |
Comment doser la bouillie bordelaise pour les tomates et les solanacées?

Les tomates sont particulièrement vulnérables au mildiou (Phytophthora infestans), surtout lors des étés humides avec de fortes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit.
Le dosage retenu est de 10 g par litre d’eau, ce qui correspond à un traitement préventif classique.
À cette concentration, vous obtenez une protection efficace sans risquer de brûler le feuillage, qui reste sensible aux excès de cuivre.
La fréquence conseillée est un passage tous les 15 jours, de mai jusqu’à la fin septembre. Si vous observez les premières taches caractéristiques – contours jaunâtres sur la face supérieure des feuilles, duvet blanc-gris en dessous – vous pouvez passer temporairement à 15 g/L sur les applications suivantes, sans dépasser les plafonds annuels.
Les autres solanacées comme l’aubergine et le poivron répondent au même protocole. Pensez à traiter aussi bien le dessus que le dessous des feuilles, là où les stomates permettent la pénétration des spores.
Un litre de préparation couvre environ 10 m² de potager, ce qui donne une idée claire des quantités à préparer selon la taille de votre parcelle.
Dosage pour la vigne, les arbres fruitiers et la pomme de terre
La vigne appelle un dosage de 12 g/L, à commencer dès le stade 5 à 6 feuilles étalées, avant la floraison. C’est la période la plus critique pour le mildiou de la vigne (Plasmopara viticola) et le black-rot.
Les traitements s’espacent de 15 à 20 jours selon la pression climatique – en été sec, on peut allonger l’intervalle ; lors d’une saison pluvieuse, mieux vaut rester à 15 jours.
Pour les arbres fruitiers en général – pommier, poirier, cerisier, prunier – la dose monte à 15 g/L. Le traitement intervient de préférence au printemps, dans les jours qui suivent la taille, quand les plaies de coupe sont encore fraîches et les tissus vulnérables aux champignons.
Pour le pommier et le poirier spécifiquement, appliquez au débourrement pour contrer la tavelure, une maladie qui défigure les fruits dès la nouaison.
La pomme de terre demande le dosage le plus élevé de la catégorie : 20 g/L. Le mildiou de la pomme de terre peut anéantir une récolte en quelques jours dans des conditions chaudes et humides.
Les passages tous les 15 jours sont nécessaires dès que la végétation ferme les rangs, en juin-juillet.
Pour le pêcher, les 20 g/L s’appliquent à deux moments précis dans l’année : à la chute des feuilles en automne, puis au gonflement des bourgeons en fin d’hiver – souvent en février selon votre région.
Quelle dose utiliser pour les rosiers, l’olivier et le laurier-rose?

Les plantes ornementales et méditerranéennes tolèrent moins bien les fortes concentrations de cuivre. Pour les rosiers, le dosage se situe entre 5 et 10 g/L, en traitement préventif contre les taches noires (Diplocarpon rosae) et la rouille.
Ce sont des maladies fongiques qui progressent surtout en atmosphère humide et stagnante – une bonne aération des massifs reste votre premier rempart.
L’olivier traité à 10 g/L résiste mieux à l’œil de paon (Spilocaea oleagina), un champignon qui provoque des taches circulaires sur les feuilles et un jaunissement progressif.
Deux fenêtres d’application sont pertinentes : en automne après la récolte, ou au printemps avant que la végétation ne reprenne activement.
L’olivier étant un arbre longuement productif, limiter les apports de cuivre au strict nécessaire préserve aussi la qualité de vos terres sur le long terme.
Le laurier-rose, souvent touché par des taches foliaires d’origine fongique lors des printemps humides, se traite également entre 5 et 10 g/L.
Intervenez dès l’apparition des premières lésions pour limiter la propagation. Un seul traitement bien ciblé vaut souvent mieux que des applications répétées à faible dose.
Bouillie bordelaise Solabiol : un dosage spécifique à respecter
Solabiol est l’une des marques les plus présentes dans les jardineries françaises. Sa bouillie bordelaise se présente sous forme de poudre mouillable à 20 % de cuivre métal, une concentration qu’il faut garder en tête pour ne pas comparer ses doses brutes avec d’autres produits de titre différent.
Le dosage Solabiol recommandé oscille entre 6,25 et 12,5 g par litre d’eau, pour une surface de traitement de 10 m². Ces chiffres sont inférieurs aux doses génériques citées précédemment, précisément parce que le titre en cuivre actif est plus élevé.
La gamme Potager & Verger affiche des spécificités selon la culture : 25 g pour 1 L sur 10 m² pour la vigne, et 12,5 g pour les pommiers et poiriers.
Les délais avant récolte varient selon la culture. Pour la majorité des plantes potagères et ornementales, Solabiol indique un délai de 5 jours avant récolte.
La vigne fait exception avec un délai porté à 21 jours, en raison des exigences réglementaires sur les résidus dans les raisins vinifiés.
Lisez toujours l’étiquette du lot que vous achetez : les formulations peuvent évoluer d’une année à l’autre.
Comment préparer et appliquer 1 litre de bouillie bordelaise correctement?

Commencez par choisir un récipient en plastique – jamais en métal. Le cuivre réagit avec les parois métalliques et peut former des composés indésirables qui altèrent l’efficacité du produit.
Versez d’abord une partie de l’eau dans le récipient, puis incorporez la poudre en pluie fine et régulière en remuant simultanément. Ajoutez ensuite le reste de l’eau et mélangez encore une à deux minutes pour obtenir une suspension homogène.
Le moment d’application compte autant que le dosage. Traitez de préférence le matin, quand les feuilles ont séché la rosée mais que la chaleur du jour n’est pas encore établie.
Vérifiez la météo : aucune pluie prévue dans les 24 heures suivantes est une condition non négociable. La pluie lessiverait la préparation avant qu’elle n’adhère au feuillage.
Pulvérisez en insistant sur les deux faces des feuilles, jusqu’à léger ruissellement. Un litre de préparation suffit pour environ 10 m² de végétation.
Pour un rang de tomates de 5 mètres linéaires ou une vigne palissée sur un mur, adaptez la quantité totale à préparer en conséquence.
La bouillie bordelaise ne se stocke pas une fois diluée
C’est une règle que beaucoup découvrent à leurs dépens : une préparation diluée ne se conserve pas, même quelques heures.
Les hydroxydes de cuivre en suspension se déstabilisent rapidement ; la solution se sépare, la poudre se dépose au fond et forme un dépôt compact difficile à remettre en suspension.
Si vous tentez de réutiliser un reste de la veille, vous risquez surtout de boucher les buses de votre pulvérisateur.
L’autre risque est une perte d’efficacité réelle. La bouillie bordelaise fraîchement préparée libère des ions cuivre actifs au contact des pathogènes.
Quelques heures après la dilution, cette dynamique chimique est compromise. Préparez toujours la quantité strictement nécessaire au traitement du jour, calculée sur la base de 1 L pour 10 m² à couvrir.
Combien d’applications sont autorisées par an et par surface?

Le cuivre s’accumule dans les sols et peut devenir toxique pour les organismes du sol au fil des années – c’est pourquoi les usages sont encadrés.
En jardinage amateur, la limite pratique retenue pour des cultures comme les rosiers est de 4 à 6 applications par an maximum, avec un plafond global de 6 g de cuivre métal par m² et par an.
Ce plafond s’applique à la quantité de cuivre actif réellement apportée, pas au poids brut de poudre.
Pour les cultures potagères et fruitières, les délais avant récolte s’imposent indépendamment du nombre de passages. Ces délais varient selon la culture et la marque : 5 jours pour la majorité des légumes avec les formulations Solabiol, 21 jours pour la vigne.
Respecter ces intervalles protège aussi la qualité gustative de vos productions – une concentration résiduelle élevée en cuivre affecte le goût des fruits.
Un conseil de terrain : tenez un carnet de traitements. Notez la date, la culture, la dose et la surface traitée.
Cela vous permet de contrôler vos apports annuels, d’ajuster si une saison pluvieuse vous a poussé à multiplier les passages, et de ne jamais franchir les seuils.
Le cuivre apporté raisonnablement pendant vingt ans, c’est un jardin qui reste vivant.
Le cuivre apporté sans compter, c’est un sol qui perd progressivement sa faune microbienne et ses vers de terre – les premiers alliés du jardinier.